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10,7 milliards de dollars annoncés, zéro mètre carré prouvé : les trois questions qui font tomber un projet immobilier fantôme

Article alerte. Un projet écotouristique géant annoncé au Cameroun, démenti par la banque centrale, sans investisseur identifiable. La mécanique est régionale, et elle s'applique telle quelle à un chantier vendu sur plan à Abidjan. Publié par l'équipe Locayo. RÉCENT.

En bref

Un projet écotouristique annoncé à 10,7 milliards de dollars au Cameroun, soit un ordre de grandeur de plus de 6 000 milliards de FCFA, sans qu'aucun investisseur identifiable n'apparaisse au dossier. La seule pièce publique réellement vérifiable était un démenti institutionnel : la banque centrale régionale a indiqué en mai 2026 n'apporter aucune caution institutionnelle à l'opération. Retenez la mécanique, pas l'anecdote. Un montant, un rendu 3D et un communiqué de presse ne prouvent rien du tout. Trois questions suffisent à faire tomber un projet fantôme : qui possède le sol, qui encaisse, et sur quel papier. Titre foncier, société immatriculée au RCCM avec un compte à son nom, permis de construire. Poser ces trois questions coûte zéro franc. Verser un acompte sur plan, c'est plusieurs millions de FCFA que personne ne vous rendra.

Ce que le dossier contenait, et ce qu'il ne contenait pas

L'annonce était spectaculaire : une cité écotouristique dans l'arrondissement de la Dibamba, portée par une société privée, chiffrée à 10,7 milliards de dollars. Le chiffre a circulé plus vite que n'importe quelle vérification. C'est précisément son rôle. Un montant à dix chiffres fonctionne comme une preuve sociale : personne n'ose demander le titre foncier d'un projet qui pèse près des trois quarts du budget annuel d'un État.

Or le dossier public ne contenait ni acte de propriété opposable, ni liste d'investisseurs vérifiables, ni autorisation de construire consultable. Il contenait une intention, des images, et un calendrier. La seule pièce institutionnelle du dossier était un démenti, publié le 22 mai 2026 par la banque centrale de la sous-région, qui a démenti toute implication et refusé que ses échanges administratifs avec le promoteur soient présentés comme un adoubement.

Nous ne nommons personne et nous ne préjugeons d'aucune responsabilité pénale. Ce qui nous intéresse ici, c'est le squelette. Un projet immobilier qui n'existe pas ressemble exactement à un projet immobilier qui existe, sauf sur trois points. Ces trois points sont vérifiables par vous, gratuitement, avant le premier virement.

Question 1 : qui possède le sol

Un projet immobilier commence par une parcelle, pas par un logo. La première question à poser, et la seule qui compte au départ, c'est : montrez-moi le titre foncier de l'assiette du projet, au nom de qui est-il, et quel est son numéro.

Attention aux substituts. Une attestation villageoise, une lettre d'attribution, un procès-verbal de palabre, une promesse d'attribution signée par une autorité locale : rien de tout cela n'est un titre de propriété définitif. Ce sont au mieux des étapes vers une régularisation, au pire des papiers qui circulent en plusieurs exemplaires sur la même parcelle. En Côte d'Ivoire, le titre foncier est le seul document qui rend la propriété opposable à tous, et il se vérifie auprès de la conservation foncière compétente.

Le réflexe concret : vous notez le numéro du titre et le nom du titulaire, et vous allez le faire confirmer vous-même, sans intermédiaire fourni par le vendeur. Si le promoteur refuse de donner le numéro, s'il vous propose son propre géomètre, son propre notaire, son propre agent à la conservation, la réponse est déjà tombée. Un vrai détenteur de titre n'a aucune raison de le cacher.

Question 2 : qui encaisse

Deuxième question, et c'est celle qui protège votre argent : à qui exactement versez-vous, et sur quel compte.

Une société immobilière réelle est immatriculée au RCCM, avec une dénomination, un numéro, un siège et un gérant identifiés. Elle encaisse sur un compte au nom de la société. Elle délivre une facture ou un reçu portant sa dénomination, son numéro d'immatriculation et son siège. Un projet à plusieurs milliards qui vous demande de charger un numéro Mobile Money personnel, ou de virer sur le compte bancaire d'un particulier, n'est pas un projet immobilier. C'est une collecte.

Trois signaux qui doivent arrêter la transaction net :

  • le bénéficiaire du paiement n'est pas la société qui signe le contrat ;
  • on vous presse sur un délai, une place réservée, une remise qui expire ce soir ;
  • le reçu est manuscrit, sans numéro d'immatriculation, ou envoyé en photo sur WhatsApp.

Un paiement tracé, adossé à un contrat écrit et à un reçu nominatif, n'est pas un détail administratif. C'est la seule chose qui vous restera en main devant un juge si le chantier ne sort jamais de terre.

Question 3 : sur quel papier

Troisième question : quelle autorisation administrative permet à ce projet d'exister. Un rendu 3D n'est pas un permis. Une maquette n'est pas un permis. Un communiqué de presse encore moins.

Pour un programme de logements, deux pièces se demandent et se recoupent : le permis de construire délivré par l'autorité compétente selon la localité, et l'agrément du promoteur immobilier auprès du ministère en charge de la Construction. Ces documents portent des numéros, des dates, une signature et une autorité émettrice. Ils se vérifient auprès du ministère en charge de la Construction et de l'autorité locale, pas auprès du vendeur.

Le test est simple et il fonctionne partout. Demandez les numéros des trois pièces : titre foncier, immatriculation RCCM, permis de construire. Un projet réel vous les donne en une heure. Un projet fantôme vous répondra que c'est en cours, que le dossier est chez l'avocat, que l'investisseur étranger arrive le mois prochain.

Le même schéma sur la route de Bassam

Ne vous dites pas que c'est une affaire camerounaise. La chaîne est la même sur un immeuble annoncé à Bingerville ou sur une cité vendue sur plan le long de la route de Bassam. Le montant change, la mécanique non : une parcelle dont personne ne montre le titre, une société dont personne ne montre l'immatriculation, un permis dont personne ne montre le numéro, et des acomptes qui rentrent pendant dix-huit mois.

Le risque est chiffrable. Un acompte sur plan pour un studio ou un deux-pièces en périphérie d'Abidjan se chiffre couramment en millions de FCFA, versés avant la première dalle. Face à cela, poser les trois questions coûte zéro franc et quelques jours de patience. Le rapport est le même pour une location : la réglementation plafonne les frais d'agence à un mois de loyer hors taxes, partagés à parts égales entre bailleur et locataire, et pourtant un chercheur de logement dépense des dizaines de milliers de FCFA en frais de visite avant même de signer quoi que ce soit. Dans les deux cas, ce que vous payez d'avance, vous le payez contre une parole.

La vraie protection n'est pas de faire confiance à la bonne personne. C'est de n'avoir plus besoin de faire confiance. Une identité vérifiée, un contrat écrit signé avant tout versement, un paiement tracé qui laisse une preuve nominative : c'est exactement l'infrastructure que Locayo construit pour la location, et c'est le même principe qui vous protège face à un projet vendu sur plan. Les preuves valent mieux que les promesses.

FAQ

Comment vérifier qu'un projet immobilier annoncé n'est pas fictif ? Demandez trois numéros : celui du titre foncier de la parcelle, celui de l'immatriculation RCCM de la société qui vend, et celui du permis de construire. Vérifiez-les vous-même auprès de la conservation foncière, du greffe du tribunal de commerce et du ministère en charge de la Construction, jamais via un contact fourni par le vendeur. Si l'un des trois manque, le projet n'est pas vérifiable.

Est-ce légal de payer un acompte sur plan avant la construction ? Oui, la vente en état futur d'achèvement existe, mais elle suppose un contrat écrit chez notaire, un promoteur agréé et un permis de construire délivré. Un acompte remis en espèces ou par Mobile Money à un particulier, sans acte notarié, ne vous donne pratiquement aucun recours. Ne versez rien avant d'avoir le contrat signé en main.

Que faire si j'ai déjà versé de l'argent sur un projet qui n'avance pas ? Rassemblez immédiatement toutes les preuves de paiement, les échanges écrits et le contrat, puis déposez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie, et saisissez un avocat pour une mise en demeure. En Côte d'Ivoire, si le démarchage s'est fait par WhatsApp, Facebook ou Instagram, signalez aussi le compte à la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC). Plus vous attendez, plus les traces bancaires deviennent difficiles à remonter.

Un titre foncier et une attestation villageoise, c'est pareil ? Non. Le titre foncier est le seul document qui établit une propriété définitive et opposable à tous. Une attestation villageoise, une lettre d'attribution ou un procès-verbal de vente coutumière ne sont pas des titres de propriété, et la même parcelle peut avoir été attribuée plusieurs fois sur ce type de papier.

Comment savoir si une société immobilière existe vraiment ? Demandez son numéro RCCM et sa déclaration d'existence fiscale, puis faites vérifier l'immatriculation au greffe du tribunal de commerce. Contrôlez que le nom sur le contrat, le nom sur le reçu et le titulaire du compte qui encaisse sont strictement identiques. Une différence entre les trois est un signal d'alerte suffisant pour arrêter le paiement.

Sources

  • 237online, dossier sur le projet annoncé dans la Dibamba et le démenti institutionnel, mai 2026 : https://www.237online.com/ndolle-city-canular-immobilier-cameroun-2026/
  • Communiqué de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) du 22 mai 2026, démenti d'implication
  • Loi ivoirienne n° 2018-575 du 13 juin 2018 relative au bail à usage d'habitation (contrat de bail écrit obligatoire)
  • Décret n° 2024-1115 du 19 décembre 2024 encadrant la tarification des prestations des agences immobilières et courtiers (frais de location : un mois de loyer hors taxes, partagé 50 % bailleur / 50 % locataire)
  • Acte uniforme OHADA sur le droit commercial général (immatriculation au RCCM)
  • Ministère ivoirien en charge de la Construction et de l'Urbanisme (agrément de promoteur immobilier, permis de construire)

Note de vérification interne avant publication : le montant de 10,7 milliards de dollars (soit environ 6 427 milliards de FCFA) et le communiqué BEAC du 22 mai 2026 sont confirmés par sources publiques ; la localisation exacte est Sikoum, arrondissement de la Dibamba, département de la Sanaga-Maritime, région du Littoral ; le nom du projet et celui de la société porteuse ne sont volontairement pas cités, conformément à la règle interne de ne nommer aucune personne physique mise en cause ; la fourchette chiffrée d'acompte sur plan et le montant cumulé des frais de visite ont été retirés faute de source vérifiable ; la charge des frais d'agence a été corrigée (l'arrêté n° 067/MCLU/CAB du 10 décembre 2014, qui les mettait au bailleur, est remplacé par le décret n° 2024-1115) ; l'intitulé officiel retenu est « permis de construire » et « agrément de promoteur immobilier ».


CTA : Sur Locayo, l'identité du bailleur est vérifiée, le bail est signé et le loyer est tracé avant que vous ne versiez un seul franc. Essayer Locayo.

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